Bernard Magrez : l’amoureux des notes boisées

Air France magazine juin 2015

Homme d’affaires bordelais, œnologue et propriétaire de grands crus, Bernard Magrez est aussi un mécène engagé dont le parcours l’a conduit d’une scierie à un Stradivarius.

Nicolas-Dautricourt (photo : DR)

photo : DR

Bernard Magrez (photo : DR)

photo : DR

ll y a des destins fabuleux. Celui de Bernard Magrez en fait partie. À 16 ans, il quitte l’école pour travailler dans une scierie puis un chai. À 25, il se fait négociant en spiritueux ; il prospère dans les années 1980, revend son entreprise dans les années 2000, avec une telle maestria qu’il s’offre des domaines dans le Bordelais. Au point de s’imposer comme «l’homme aux 41 châteaux», en France et à travers le monde, du Chili à la Napa Valley. Pour autant, sa soif de grandeur n’est pas qu’une soif de dive bouteille à la Rabelais, car son art des affaires appelle l’art au sens large. «Il y a trente ans, j’ai entrepris une collection de bronzes du XIXe et de peinture flamande, puis la rencontre de Bernard Buffet m’a éveillé à l’art moderne et contemporain», raconte-t-il. En 2010, il fonde l’Institut culturel Bernard Magrez afin d’inviter de jeunes plasticiens en résidence et d’organiser concours d’écriture et concerts, notamment dans le cadre du festival des Grandes Heures de Saint-Émilion. «Ma sensibilité s’est développée à l’écoute des sonates et concertos pour violon de Mozart», confie du bout des lèvres le mécène qui a d’ordinaire la faconde chantante. Amour pour Mozart et sympathie pour un luthier vosgien lui donnent le goût d’une nouvelle quête : celle d’un Stradivarius, qu’il trouve à Londres en 2011 et baptise Château Fombrauge. «Puisqu’Antonio Stradivari avait spécifié qu’on pouvait donner un nom à ses instruments – or celui-ci n’en avait pas encore».

Depuis plus d’un an, le violon fabriqué à Crémone en 1713 a trouvé sa place entre les mains agiles du concertiste français Nicolas Dautricourt, qui le fait résonner de la Salle Cortot au Lincoln Center. «Le fait que Bernard Magrez m’ait confié son Stradivarius a été un tournant dans ma carrière. Non seulement musicalement, parce que cet instrument possède un son indescriptible, mais aussi pour la confiance et l’ancrage qu’il me procure dans ma vie de soliste».

© Cécile Balavoine 2016